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industrie aéronautique défense France espace,PREV 16 Aralık 2018 - 08:48

Militarisation de l'espace: la France au défi de rester dans le jeu (PAPIER D'ANGLE) Par Daphné BENOIT =(Photo+Video)= Paris, 16 déc 2018 (AFP) - Brouillage, espionnage, attaques cyber, armes antisatellites...: les menaces s'accumulent dans l'espace, mettant la France au défi de muscler ses capacités dans ce théâtre hautement stratégique et de plus en plus militarisé. Une fusée Soyouz lancera mardi depuis Kourou en Guyane le satellite d'observation haute précision CSO-1 (Composante spatiale optique), dont la mise en orbite marquera le début du renouvellement des moyens spatiaux militaires français. L'enjeu est crucial: pour les armées du monde entier, les satellites sont devenus indispensables pour se projeter, connaître le terrain, recueillir du renseignement, surveiller et naviguer. "Si nous perdons la guerre dans l'espace, nous perdrons la guerre tout court", soulignait en octobre le chef d'état-major de l'armée de l'air française, le général Philippe Lavigne. Les plus grandes puissances spatiales mondiales -- Etats-Unis, Chine et Russie -- sont engagées depuis plusieurs années dans une course pour la domination de l'espace. "Comme le ciel, la terre et la mer, l'espace est devenu un terrain de combat", résumait en août le président Donald Trump, qui compte lancer d'ici 2020 une "Force de l'espace", une sixième branche des forces armées américaines. En 2007, la Chine a détruit un de ses propres satellites à l'aide d'un missile, provoquant une démonstration de force similaire par les Etats-Unis l'année suivante. Depuis, "l'espace exo-atmosphérique est devenu le théâtre de rivalités des grandes puissances" et les tensions s'y accumulent, faisait valoir en septembre la ministre française des Armées Florence Parly, en rapportant qu'un satellite russe avait tenté l'an dernier d'espionner un satellite français de communications sécurisées. Pour maintenir son statut de puissance spatiale, Paris doit non seulement répondre à ces nouvelles menaces mais aussi s'adapter à la forte montée en puissance des investissements privés dans un secteur pendant longtemps réservé aux grands Etats ("New Space"). Conséquence: si actuellement, quelque 1.500 satellites de toutes tailles gravitent autour de la Terre, on en comptera 6 à 7.000 de plus dans dix ans. - "Enjeu de sécurité nationale" - Qualifiant l'espace de "véritable enjeu de sécurité nationale, par la conflictualité qu'il suscite", le président Emmanuel Macron a assuré vouloir doter l'an prochain la France d'"une stratégie spatiale de défense". Le ministère des Armées doit lui remettre dans les tout prochaines jours un rapport proposant des pistes. La Loi de programmation militaire française (LPM) 2019-2025 prévoit d'ores et déjà un budget de 3,6 milliards d'euros pour le spatial de défense, qui permettra notamment de financer le renouvellement des satellites français d'observation (CSO) et de communication (Syracuse), de lancer en orbite trois satellites d'écoute électromagnétique (CERES) et de moderniser le radar de surveillance spatiale GRAVES. Avec ses deux milliards d'euros d'investissements annuels dans le spatial militaire et civil, la France reste malgré tout, loin derrière le trio de tête du secteur: les Etats-Unis investissent annuellement 50 milliards de dollars dans le spatial, la Chine 10 milliards et la Russie 4 milliards, selon les chiffres du gouvernement français. Selon Florence Parly, Paris envisage d'aller "plus loin" que ce que prévoit la LPM en installant par exemple des caméras de surveillance sur les satellites militaires français qui seront lancés à l'avenir, pour "observer l'espace depuis l'espace". La ministre n'exclut pas non plus "la possibilité de se doter de capacités d'action", autrement dit des armes anti-satellites. De tels choix exigeraient toutefois une rallonge budgétaire conséquente, peu probable au vu de l'augmentation des moyens déjà consentis aux armées pour les prochaines années, en vue de porter les dépenses militaires françaises à 2% du PIB en 2025. Le chemin est encore long pour atteindre une véritable autonomie stratégique spatiale, juge Alexandre Papaemmanuel, responsable du pôle Défense du centre de réflexion français L'Hétairie. "En matière de surveillance de l'espace, par exemple, la France dépend beaucoup des Etats-Unis, nous sommes encore aveugles à un certain niveau de précision", fait-il valoir, en estimant que "Paris risque le déclassement" dans le renseignement spatial. La trajectoire budgétaire affichée sur la période 2019-2025 "maintient et consolide notre position dans l'espace, mais elle demeure assez floue, sinon insuffisante au regard de notre ambition et des enjeux", souligne-t-il dans une note d'analyse. dab/lv/cn

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