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diplomatie industrie défense armée France Allemagne politique,PREV 15 Ekim 2019 - 08:02

Défense: la difficile coopération franco-allemande (PAPIER D'ANGLE) Par Mathieu RABECHAULT, Daphné BENOIT Paris, 15 oct 2019 (AFP) - Paris et Berlin espèrent lever les blocages dans les programmes de coopération industrielle de défense lors du conseil des ministres franco-allemand mercredi, mais ils restent tributaires des luttes de pouvoir et du rôle prépondérant du Bundestag. Passée l'impulsion politique donnée lors de leur lancement il y a deux ans, les programmes des futurs avions (SCAF) et chars (MGCS) de combat patinent. Le SCAF, sous leadership français, doit remplacer les Rafale et les Eurofighter, le MGCS, sous direction allemande, les Leclerc et Leopard. Les deux industriels en pointe sur le SCAF, Dassault Aviation et Airbus, ont appelé la semaine passée Paris et Berlin à faire du conseil des ministres conjoint un "catalyseur à cette volonté commune d'aller de l'avant" en lançant "sans plus attendre" les études pour faire voler un premier démonstrateur en 2026. Cette étape, indispensable pour tenir le calendrier d'un futur avion de combat à l'horizon 2040, a pris du retard. Les contrats auraient dû être notifiés aux industriels en juin. D'un montant de 220 millions d'euros sur trois ans pour la France et l'Allemagne, ils devraient l'être "d'ici la fin de l'année", selon le cabinet de la ministre des Armées Florence Parly pour qui "ce n'est pas anormal que cela prenne du temps sur des programmes de cette taille". "Les Allemands lient la question du SCAF avec celle du char franco-allemand. Au plan politique, il n'y a pas d'arrière-pensée, mais il y a les jeux d'acteurs des technostructures", explique une source proche du dossier. En cause, le partage des tâches entre industriels sur le projet de futur char. L'allemand Rheinmetall s'est livré selon cette source à un "lobbying intense" pour obtenir davantage face au groupe KNDS, la société commune entre l'allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) et le français Nexter, retardant le projet. Un accord respectant une charge de travail égale entre la France et l'Allemagne a depuis été trouvé et doit être annoncé lors du conseil des ministres, selon une source gouvernementale française. La méfiance en toile de fond de cette coopération est due notamment à la différence de systèmes de décision dans les deux pays et au rôle majeur du Bundestag côté allemand, estime Gaëlle Winter, chercheuse associée à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). - "Pas confiance" - "Quel que soit le programme d'armement, le Bundestag se mêle des répartitions industrielles. La commission du Budget met son nez dans les affaires gérées par le ministère de la Défense et chacun essaie au sein de cette commission de retirer quelque chose pour sa propre circonscription", explique-t-elle. Des députés essaient ainsi de pousser à revoir le partage des tâches décidé entre les motoristes français Safran et allemand MTU sur le projet SCAF, et notamment la désignation, via un accord entre industriels, du français comme tête de file. Les opportunités pour des députés de bloquer le programme sont nombreuses: les programmes d'armement passent sous les fourches caudines du parlement à chaque fois qu'un seuil de 25 millions d'euros de dépenses est atteint. "Le Bundestag actuellement n'a pas confiance dans l'action du gouvernement fédéral pour mener à bien les discussions sur la répartition industrielle" et "remet quasi-systématiquement en cause les orientations prises", juge Gaëlle Winter. De même, l'épineuse question des règles d'exportation d'armements -sujet sensible dans l'opinion allemande- peut elle aussi bloquer les coopérations. Un accord sur cette question est aussi en passe d'être conclu, selon une source gouvernementale française. Pour l'ambassadrice de France en Allemagne Anne-Marie Descôtes, entendue en juin par le Sénat français, "les questions de défense et d'armement sont évidemment instrumentalisées à des fins de politique intérieure et nous en pâtissons". "Il faut de la confiance sur les plans politique, industriel" entre les deux pays, estime pour sa part le député SPD Hans-Peter Bartels, commissaire parlementaire des forces armées. "Il ne faut pas toujours déclarer que tout se passe bien mais il faut un débat", a-t-il affirmé à des journalistes, se disant "sûr qu'à la fin on arrivera à se mettre d'accord". "Il faut arriver à trouver des terrains d'entente", abonde Cédric Perrin, sénateur LR membre de la commission des forces armées. "Soit on y arrive ensemble, soit on n'y arrivera pas et on achètera américain car tout seuls on ne peut pas faire vu les montants en jeu". burs-mra-dab/sw/tq/ao DASSAULT AVIATION AIRBUS GROUP SAFRAN

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